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Dans l’antre de Norbourg par Philippe Terninck
Avec la collaboration du journaliste Gérard Samet, j’ai écrit ”Dans l’antre de Norbourg” (mai 2008 aux Éditions Voix parallèles), un ouvrage sur le scandale de Norbourg. Je retrace vu de l’intérieur de l’organisation, l’histoire d’un des plus gros scandale financier au Québec.
L’enquête a démontré que Vincent Lacroix avait délibérément procédé à des manœuvres frauduleuses et transmis de fausses déclarations à l’Autorité des marchés financiers. Il a fait 137 retraits irréguliers évalués à 115 millions de dollars, de l’argent appartenant à 9 200 investisseurs de Norbourg. Reconnu coupable, le 11 décembre 2007, de 51 infractions à la Loi sur les valeurs mobilières par le juge Claude Leblond de la Cour du Québec, il a été condamné le 28 janvier 2008 à 12 ans de prison moins un jour, et 255 000 dollars d’amende.
Vincent Lacroix a fait appel de la durée de sa sentence de 12 ans de prison. En juillet 2008, sa peine a été révisée à la baisse à 8 1/2 ans par le juge André Vincent de la Cour supérieure. L’AMF a décidé de faire appel de ce jugement. Mais en févier 2009, Vincent Lacroix s’adresse à la Cour d’appel pour faire ramener sa sentence à 5 ans moins un jour, le maximum prévu par la Loi provinciale sur les valeurs mobilières.
Le 7 juillet 2009, le juge Richard Wagner a accepté de mettre en liberté Vincent Lacroix, éligible à la libération conditionnelle au 1/6 de cette peine de 8 1/2 ans. Depuis le 22 juillet il est donc en maison de transition.
Finalement, en août 2009, les trois juges de la Cour d’appel réduisent la peine de Vincent Lacroix à 5 ans moins un jour. Dans un jugement unanime, ils concluent que les peine imposée à Vincent Lacroix au terme de son procès au pénal pour des infractions à la Loi sur les valeurs mobilières, auraient dû être concurrentes, plutôt que consécutives.
Le procès criminel qui devait débuter en septembre 2008 est reporté en septembre 2009. Vincent Lacroix fera face à 200 chefs d’accusation au criminel pour avoir orchestré toutes les fraudes et les opérations de maquillage comptable. Trois autres employés de Norbourg : Serge Beugré (l’alter ego de VL), Félicien Souka (l’informaticien), Jean Cholette (le comptable), et deux complices externes : Rémi Deschambaud (le vérificateur) et Jean Renaud (le fonctionnaire du gouvernement du Québec / conseiller) sont également accusés. Deux autres employés ont décidé de collaborer avec la justice : Éric Asselin, ancien vice-président finance et délateur, et David Simoneau, cousin de Vincent Lacroix et responsable des relations avec le Northern Trust.
Le 7 septembre 2009, Vincent Lacroix plaide coupable aux 200 chefs d’accusation. Le 9 octobre, le juge Richard Wagner le condamne à une peine de 13 ans, consécutive aux 5 ans (moins un jour) prononcés dans le dossier pénal. Cela fait un total de 18 ans de prison. La peine a débuté le 28 janvier 2008.
Il sera éligible à la libération conditionnelle au 1/6 de sa peine, soit le 27 janvier 2011…
Le procès criminel des cinq autres co-accusés a débuté le 28 septembre après deux semaines passées à la sélection du jury. Près de 4 mois plus tard, les plaidoiries viennent de se terminer le 13 janvier 201. Les délibérations du jury vont pouvoir commencer.
Puis coup de théâtre. Après 12 jours de délibération, les jurés ne parvenant pas à rendre un verdict unanime, le juge Richard Wagner met fin au procès, le 26 janvier 2010. Les jurés sont libérés de leur charge.
C’est finalement le jeudi 27 janvier 2011 que Vincent Lacroix quitte la prison de Sainte-Anne-des-Plaines pour une maison de transition à Montréal après avoir purgé le 1/6 de sa peine. Il y restera trois ans et devra respecter un couvre-feu. La commission des libérations conditionnelles du Canada souhaite que son hébergement en maison de transition l’amène à réfléchir sur sa condamnation, à développer une conscience sociale et à mettre de côté le matérialisme qui l’a conduit à vivre dans le luxe grâce à l’argent volé à ses investisseurs. Elle le soumet donc aux règles suivantes :
- six mois de travaux communautaires
- interdiction de faire un travail rémunéré
- aucune activité relié au domaine de la finance
- aucun contact avec d’anciens collaborateurs
- pas de retour aux études pendant six mois
La veille, les victimes du scandale Norbourg ont appris qu’elles allaient récupérer la totalité des 115 millions de dollars perdus dans cette affaire, en vertu d’une entente à l’amiable.
En réalité, quelques-uns (les clients de Perfolio) récupéreront tout. Pour les autres, il y a loin de la coupe aux lèvres… D’un côté, c’est un drame et une grande amertume pour les investisseurs, de l’autre, il s’agit d’un abandon des responsabilités et un manque flagrant d’éthique du système financier.
Extraits du livre
Prologue
Personne ne se doute du drame qui se prépare. Soudain, jailli d’un porte-voix, un ordre résonne devant la porte de chaque bureau :
- Tous les employés sont priés de sortir immédiatement de leur bureau ! Veuillez vous diriger vers le hall d’entrée.
Des dizaines de policiers armés, revêtus de gilets pare-balles, surgissent de nulle part comme dans un suspense. Ils sont partout. Des walkies-talkies grésillent à leur main. Rapidement, chaque bureau est vérifié. En quelques secondes, les employés sont cernés. On ne peut pas quitter l’immeuble et échapper à cette souricière. Chaque employé est invité poliment mais fermement à stopper son ouvrage et à quitter tout de suite son bureau.
- Ne touchez plus à rien. Lâchez le clavier de votre ordinateur. Les mains en l’air !
…
Dans la salle de réunions, les responsables de l’escouade attendent. Lorsque tout le monde est entré, un policier prend la parole d’une voix froide et martelée :
- Cette intervention de la GRC fait suite à une demande d’enquête de l’Autorité des marchés financiers. Vincent Lacroix et Norbourg sont soupçonnés d’une fraude à grande échelle, de malversations et de détournement de l’argent des investisseurs.
La première réaction des employés de Norbourg est l’incrédulité. Le ciel vient de leur tomber sur la tête. Puis c’est l’étonnement.
- Comment ? Pas notre président, c’est impossible !
Rapidement, une stupeur totale les tétanise.
…
Les regards fusent de part et d’autre. Un vague murmure emplit la salle. Chacun cherche à comprendre. Comment est-ce possible ? Ils ont été là pendant de nombreux mois, plusieurs années même, sans rien remarquer…
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Éric Asselin
Sur l’organigramme de Norbourg, il est théoriquement sous les ordres de Serge Beugré, alors vice-président et directeur général adjoint. Mais il est déjà en fait dans le cercle rapproché de Vincent Lacroix. Ce comptable général accrédité (CGA), est un des personnages clés du scandale Norbourg. Il n’a pas encore quitté l’Autorité des marchés financiers que déjà il collabore étroitement avec Vincent. Il se retrouve fréquemment au bar du Grand Café. Sur le comptoir, à côté des assiettes et des verres de vin, les dossiers de Norbourg sont au centre des préoccupations des nouveaux complices.
J’ai demandé à Vincent comment il a connu Éric Asselin.
- Au départ, c’est un enquêteur de l’Autorité des marchés financiers. Je l’ai rencontré pour la première fois en mars 2001. Il travaillait au dossier de Maxima Capital que je voulais acheter. Nous avons sympathisé.
À cette époque, Asselin cherche à quitter l’Autorité des marchés financiers et exprime son espoir de monter sa propre compagnie. Vincent a alors une idée.
…
Éric Asselin comprend le fonctionnement de Vincent Lacroix. Il se doute sûrement que l’origine du financement n’est pas parfaitement limpide. Il connait les liens de Vincent avec les dirigeants de Maxima. Il connait aussi la mentalité qui y règne. Il veut être payé en conséquence et matelasser convenablement sa retraite.
À la fin de novembre 2001, une entente verbale est conclue entre les deux parties. Un contrat de 4 ans est signé à la suite du paiement à Éric Asselin d’un premier chèque certifié de 120 000 dollars en guise de prime… Vincent était prêt à payer pour en obtenir davantage d’Éric Asselin, ce qui finira par le rendre vulnérable au chantage.
…
À pas de géant, et grâce à de gros avantages marginaux secrets, Éric Asselin est devenu le spécialiste en fabrication de faux documents et en traficotage de comptes. Les contrôles de l’Autorité des marchés financiers se sont parfaitement déroulés depuis la présence d’Éric Asselin dans la compagnie. Lui et Vincent s’étaient répartis les rôles…
Ils avaient l’air de deux étudiants qui, en train de subir des examens, sortaient de la salle avec une certaine fierté d’être passé à travers. Mais des signes de nervosité et de tension montraient que la partie était chaude. Est-ce eux qui ont réussi à assoupir les inspecteurs pour plusieurs années, ou est-ce ces derniers qui, sous des apparences d’attitudes compréhensives et coopérantes, ont obtenu assez d’informations et de suspicion pour continuer à resserrer les mailles de leur inspection qui se transformera finalement en enquête ?… Il serait non seulement intéressant mais salutaire, pour le public, de savoir ce que les notes d’inspection disaient ! Prenaient-elles le chemin des tablettes ou étaient-elles édulcorées grâce aux contacts d’Éric Asselin avec ses ex-collègues de l’Autorité des marchés financiers ?…
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Le compte Opvest
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Durant le processus d’écriture de mon livre sur Norbourg, la fable de La Fontaine « La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf » m’est revenue à l’esprit. Je l’ai trouvé tellement appropriée que je me suis autorisé à en faire une version un peu particulière…
La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf.
Le P’tit Magogois qui veut devenir un Taureau.
Une grenouille vit un bœuf
Un p’tit Magogois regarda le Taureau
Qui lui sembla de belle taille.
Qui lui sembla valoir son pesant d’or.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Lui, qui n’était pas riche en tout comme un veau,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Envieux, achète à tout vent, magouille et sort le cash,
Pour égaler l’animal en grosseur.
Pour satisfaire son orgueil et s’enrichir au plus vite.
Disant : ” Regardez bien ma sœur;
Disant : ” Regardez-moi aller ; j’ai beaucoup de clients et une structure internationale;
Est-ce assez ? dites-moi; n’y suis-je point encore ?
Est-ce assez ? dites-moi; suis-je des vôtres ?
Nenni. – M’y voici donc ? – Point du tout.
Nenni. – J’ai mon chalet et mon auberge. M’y voici donc ? – Pas pantoute !
M’y voilà ?
J’ai mon yacht maintenant et mon propre resto en ville ; m’acceptez-vous enfin ?
Vous n’en approchez point “
Vous devenez suspect aux vues de vos avoirs si rapidement acquis “
La chétive pécore
Le fanfaron ingénu continuant à puiser dans la caisse
S’enfla si bien qu’elle creva.
S’enfla si bien qu’il implosa.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages:
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.



M. Terninck,
Tout d’abord je dois vous remercier pour votre livre. Malgré l’horreur Norbourg (et tant d’autres), vos propos et votre honnêteté ont minimisé le goût amer que j’ai gardé envers le monde de la finance.
Personne au Québec ne semble connaître l’histoire de Eron Mortgage Corporation à Vancouver 1997.
http://www.cbc.ca/money/story/2005/04/05/eron-050405.html
J’ai été une des 6,000 victimes qui ont perdu au total $250,000,000. Personne n’a reçu un sous, le peu d’argent récupéré a servi à payer les avocats et les tarifs exagérés de Price Waterhouse Cooper. FICOM au BC, tout comme l’AMF, a totalement failli à sa tâche de protéger le public. FICOM savait depuis 1995 que EMC avaient des activités pour le moins douteuses mais a pris 2 ans avant d’y mettre fin. ERON a ramassé la plus grande partie des fonds des investisseurs à un rythme effarant dans ces deux dernières années.
Des milliers de vies ont été complètement ruinées, il y a même eu un cas de suicide.
Et pourtant les EMC et les Norbourg continuent toujours à se produire d’un bout à l’autre du pays.
J’espère que plus de gens comme vous dévoileront les délateurs et forceront les autorités à serrer la vis et faire leur travail.
Quant à nous, simples investisseurs, nous demeurons très vulnérables à tout ceci. Je regarde fondre les quelques sous qui me restent dans des fonds mutuels sans trop savoir quoi faire. Ma vie est maintenant très modeste car j’ai perdu en 1997 toute possibilité d’une retraite décente et confortable et j’ai perdu toute confiance au monde financier.
Encore merci d’avoir partagé avec nous.
Lina