Que se passe-t-il donc aujourd’hui dans notre société pour que des fraudes, des crimes financiers, des financements illégaux et de la corruption se transforment en scandales, éclatant ainsi au grand jour et de tous les côtés ? Je suis pourtant convaincu qu’ils étaient légion au cours des 50 dernières années, que dis-je, des siècles passés. Seule la pointe de l’iceberg en a dévoilé son lot, le reste du panier de crabes étant maintenu silencieux dans les griffes de l’omertà. Par crainte ou par intérêt, ou par manque de couverture médiatique…
Le scandale fait partie de l’hommerie, cette partie obscur de l’être humain qui, avide de pouvoir, de richesse et de gloire, fait passer son intérêt personnel bien avant celui des autres et est prêt à toute forme de bassesses pour parvenir à ses fins.
« On ne peut rien changer à la nature profonde des êtres humains, partout où il y a de l’homme il y a de l’hommerie! », écrit Michel Falco dans Un loup est un loup. Cet aphorisme de St François de Sales (1567-1622) 1, patron des journalistes et écrivains, est terriblement d’actualité. Avec leur puissance de frappe instantanée à large échelle et l’aide de délateurs qui s’érigent en justiciers masqués, les médias, soumis au jugement de la côte d’écoute, rendent accessible à tous les citoyens ces agissements de bas étages.
La course à la consommation et l’exagération du capitalisme ont poussé de plus en plus de gens vers la malhonnêteté. Et comme personne n’est responsable et presque personne n’est puni, eh bien cela se propage. La divulgation au grand jour de ces magouilles, où l’éthique est allègrement bafouée, se traduit par un cynisme grandissant envers la classe politique et les hauts dirigeants des grandes entreprises, ainsi que par une perte de confiance dans notre système démocratique. L’exaspération du public atteint un niveau sulfurique.
La crise des suprimes, bel exemple de cette hommerie, a provoqué une crise dont les conséquences sont loin d’être terminées. Ce plus grand hold-up de tous les temps a brisé des vies, ruiné des milliers de citoyens, dilapidés des retraites, provoqué un gouffre abyssal des finances publiques. Pire, il a fortement ébranlé la confiance ! La confiance du peuple envers l’édifice socio-économique.
Cette crise est comme un catalyseur qui ramène à fleur de peau tous les autres scandales que notre société a vécus en direct et ceux plus anciens amenés à notre collectif par les médias et nos lectures personnelles. Du coup les nouveaux scandales se trouvent encore plus médiatisés par notre niveau de tolérance désormais saturé. L’heure est grave, et il est assez cocasse d’entendre nos politiciens supplier les électeurs d’aller voter aux élections municipales au Québec le dimanche 1er novembre 2009.
Quelle légitimité nos gouvernements pourraient-ils justifier si 75 % des électeurs refusaient de remplir leur devoir de citoyens ? Ce serait un véritable tsunami qui pourrait s’étendre aux autres paliers de gouvernements. Le choc serait dantesque, même sans rébellion armée ! Et si l’un des candidats gagne les élections avec disons 40 % des votes, cela signifie que 60 % des électeurs ne sont pas en sa faveur… C’est légal, mais est-ce légitime ? N’est-il pas temps, au non de l’éthique et de la transparence, de faire évoluer notre système de représentation ?
Oh là là, j’ai mal à l’éthique ! Où sont donc la bonne morale, le respect d’autrui, l’intérêt collectif ? C’est la règle du chacun pour soi. Le peuple, les petits actionnaires, les minoritaires se sont tous fais usurper leurs droits. Ce système fonctionne néanmoins avec ses excès, ses bulles qui viennent brasser la cage et remettre, pendant un certain temps, de l’ordre dans la mécanique. Jusqu’à l’éclatement de la bulle suivante. Mais aujourd’hui, de plein pied dans l’ère des communications, tout le monde a accès à tout et tout finit par se savoir… Nous sommes peut-être à la limite de la goutte d’eau qui va faire déborder le vase ?
Nous avons un besoin urgent de leaders purs et durs qui sauront se lever pour nous rallier et mettre de l’ordre dans le système économique. La pression sera forte de la part des bénéficiaires du laxisme du système. Cela risque d’être un chemin de croix, jusqu’à la résurrection. Mais c’est le devoir de confiance des élus envers les citoyens !
Oh là là, j’ai mal à l’éthique ! Car c’est aussi de notre faute si tout cela arrive. Comme le dit Stéphane Laporte dans son éditorial dans la Presse du 24 octobre 2009, « … on ne le sait pas vraiment, on s’en doute mais on ne veut pas le savoir. Des naïfs par choix. Des innocents au courant.»
Nous pouvons crier à l’injustice, au scandale, mais nous devons faire notre bout de chemin. La guerre au fraudeur, à la corruption, aux criminels en cravate, la restauration de l’éthique comme bannière de notre société démocratique est l’affaire de tous et chacun. Allons voter, c’est un devoir de citoyen, mais exprimons-nous, faisons valoir notre éthique dans nos gestes de tous les jours. Nous avons abandonné notre pouvoir aux rythmes des élections. Récupérons-le et changeons notre attitude : mandatons nos élus, demandons des comptes et impliquons-nous éthiquement au sein de toutes nos activités sociales et professionnelles. C’est notre privilège et devoir de citoyen.

